Roots

ROOTSROOTSGalerieGalerie

Déraciner nos habitudes, sans peurs, avec l’excitation de voir, de ressentir différemment et d’être un peu bousculé… de générer de la nouveauté.

Utiliser le propos dans son essence, en extraire des émotions, des sensations universelles… pour construire un spectacle qui puisse résonner en chacun, tout en nous reliant les uns aux autres.

C’est ainsi qu’entre Juillet 2009 et Janvier 2010, trois périodes de laboratoire de recherche ont précédé les « traditionnelles » résidences de création. Ces temps de travail nous ont permis d’explorer et de questionner la thématique du « déracinement » auprès de populations de territoires à priori très différentes : ruraux, rurbains et urbains. Une collecte phono photographique de la population a nourri les recherches chorégraphiques qui se sont déroulées dans des lieux inhabituels: une grange, un grenier, un entrepôt... Lors de ces laboratoires, la danse est venue régulièrement interpeller le public, sans prévenir, dans des lieux où il s’y attendait le moins (supermarché, terrasse d’un café, maison de retraite, club des retraités, salle de classe, restaurant routier).

Le déracinement a ici été vécu, étiré, exploré... Chacun des interprètes choisis pour ce spectacle a d’ailleurs un rapport particulier et différent au déracinement, qu’il a pu exprimer lors de la collecte et parcourir lors des périodes de travail. Cette relation aux sensations lie le public aux danseurs, les danseurs au public, les publics entre eux…

Cette expérience des laboratoires a permis de préciser la démarche artistique du projet : déraciner le spectateur et donner une dimension universelle au propos chorégraphique, qu’il puisse résonner en chacun et lier les spectateurs entre eux, mais aussi les spectateurs aux danseurs.

La matière phono photographique recueillie lors de ces temps de travail a nourri la danse mais aussi la bande sonore du spectacle. Elle fait par ailleurs l’objet de la « Roots galerie », une exposition ludique, indissociable du spectacle, habitant les halls des structures culturelles, mais elle est surtout une source d’imagination, de réadaptation, de personnalisation pour chaque lieu accueillant le projet.

// La roots galerie //


Pierre-Yves Racine (photographe) et Frédéric Dupont (musicien preneur de son) se sont associés en 2007 pour réaliser un projet de « portraits en Ille et Vilaine ». Au cœur de leurs pratiques respectives se trouve une disponibilité pour la rencontre humaine, la déambulation étant le moyen privilégié pour croiser les « gens » là où ils sont, de s’arrêter un moment avec eux et de garder trace de ces instants partagés par la réalisation de portraits photo/phonographiques.

A la croisée des genres artistiques et documentaires, leur recherche d’une écriture commune se traduit dans la valorisation de leurs collectes photographiques et sonores : séances de projection, expositions, carnets photo/phono... Les restitutions s’effectuent sur les communes mêmes de la collecte permettant ainsi de convier à l’occasion d’un temps public, les personnes rencontrées en chemin.

Associés à la compagnie Engrenage depuis juillet 2009 pour l’aventure ROOTS, les deux collecteurs adoptent ici plus fortement encore le rôle de passeurs de mots et d’images, les matériaux collectés nourrissant la création chorégraphique.

La thématique du spectacle, qu'ils interrogent par leurs portraits, trouve une résonance toute particulière dans ce travail. En effet, la question de l'enracinement / déracinement est intimement liée à celle du portrait : qu'est-ce qui nous constitue ? Quels sont nos repères ? Ne sommes-nous pas directement confrontés à ces questions lorsque nous vivons un déracinement, qu'il soit physique ou symbolique ?

Les portraits des personnes rencontrées au cours des résidences sont alors mis en regard de ceux des danseurs. La création d'une galerie de portraits photo-phonographiques accompagne ainsi le spectacle et vient à la rencontre du public.

En amont du spectacle, sur demande des structures, la « ROOTS galerie » peut s’agrandir en accueillant le fruit de collectes réalisées auprès de la population locale.

Les plasticiens du PROJET /*.TMP et le graffeur SETRO furent sollicité fin 2010 pour concevoir la scénographie de la roots galerie. Cette proposition rencontra un écho riche et profond dans les préoccupations et « modus opérandi » de ces artistes aux pratiques de prime abord si différentes. Témoignage de l'éphémère, transcription plastique et articulation spatiale de flux et de mouvements, occupation de l'espace public, réappropriation des territoires et artefacts mis au rebut, autant d'aspects communs à ces différentes expressions plastiques.

Aussi, quand il fallut définir le terrain de jeu de cette rencontre, c'est tout naturellement que fut choisie la recyclerie du "TRICYCLE ENCHANTÉ" qui a aimablement mis à disposition son excédent : montagne d'objets récupérés en passe de retourner à la déchetterie.
 De cette soupe originelle fut tirée l'épine dorsale qu'attendait la précieuse collecte, une racine où se propage un flux d'objets zombis, revenus porter les visages et les mots de ceux que, sans les avoir rencontrés, nous reconnaissons peut-être. Dans ce bric-à-brac hétéroclite circule pourtant une unité, un schème commun. Ces objets ont appartenu, ne sont plus à personne, sont nos objets, furent tant pleinement touchés, nous touchent; de toutes façons et par nos yeux même s'il le faut.  Et bien nous y sommes, c'est là;  ici où se touchent toutes les bulles d'écume....

Le PROJET> /*.TMP est développé par un collectif pluri-occasionnel et multi-recombinatoire de plasticiens
http://tmp-project.net
Le TRICYCLE ENCHANTé est la recyclerie-ressourcerie du petit village Bourdeille (Dordogne)
http://www.tri-cycle.org/